Légendes du trot français : Ourasi, Bellino II, Idéal du Gazeau
Le trot français a produit des champions devenus mythiques au point de figurer dans la culture populaire bien au-delà du cercle des turfistes. Trois noms résument à eux seuls près d'un demi-siècle de domination tricolore sur les pistes de Vincennes et au-delà : Ourasi, Bellino II et Idéal du Gazeau. Voici leur histoire, leurs records et la raison pour laquelle ils sont entrés dans la légende.
🏆 En résumé
Trois trotteurs ont marqué l'histoire du trot français : Bellino II (1971-1980), premier triple lauréat du Prix d'Amérique ; Idéal du Gazeau (1977-1985), conquérant de l'Europe et de l'Amérique ; et Ourasi (1980-1990), le "roi fainéant" quadruple vainqueur du Prix d'Amérique. Leurs palmarès restent des références.
🐎 Bellino II, le pionnier des grands voyages
Né en 1962 chez Henri Levesque, Bellino II est un bai brun à la silhouette élancée, fils de Tabac Blond et de Belle de Jour. Il commence sa carrière en 1965 et la termine en 1980 avec un palmarès rare : trois victoires consécutives dans le Prix d'Amérique (1975, 1976, 1977), ce qui ne s'était plus produit depuis Roquépine dix ans plus tôt. Son driver Jean-René Gougeon est devenu indissociable de cette aventure.
Bellino II est aussi le premier trotteur français à courir régulièrement à l'étranger. Il s'impose à Stockholm dans l'Elitloppet, à Oslo, à Copenhague, et ouvre la voie aux campagnes internationales que mèneront ses successeurs. Cette dimension de voyageur le distingue : à l'époque, les écuries françaises se contentent souvent du circuit national. Pour mieux situer la place du Prix d'Amérique dans le calendrier mondial du trot, le retour sur l'histoire du Prix d'Amérique depuis 1920 remet en perspective ce que représente une triple victoire dans l'épreuve.
Statistiques : 73 victoires en 122 courses disputées, environ 4,5 millions de francs de gains à l'époque, et un chrono record de 1'17"3 au kilomètre sur la piste de Vincennes. Bellino II prend sa retraite au haras en 1977 puis revient courir en 1979, illustrant cette tradition française des comebacks qui passionne le public.
🌍 Idéal du Gazeau, conquérant intercontinental
Quatre ans après les exploits de Bellino II, Idéal du Gazeau prend le relais. Né en 1974, fils du célèbre étalon Volcan du Gazeau, il est entraîné et drivé par Eugène Lefèvre, jeune driver normand qui fera lui aussi entrer son nom dans l'histoire. La carrière d'Idéal commence en 1977 et s'achève en 1985 : huit saisons d'activité, ce qui est exceptionnel pour un trotteur de ce niveau.
Son palmarès donne le vertige : deux Prix d'Amérique (1980 et 1981), un Elitloppet à Stockholm (1980 et 1983), un Roosevelt International Trot à New York (1981), un Prix de Cornulier (1983), un Prix de Paris (1980 et 1982). Idéal du Gazeau est ainsi le premier trotteur français à remporter à la fois les trois grandes courses européennes et la principale épreuve américaine. Pour les amateurs des chevaux de galop ayant fait pareille double carrière, le dossier sur les légendes du galop français raconte le parcours de Sea Bird et de quelques autres globe-trotters.
Sa polyvalence trot attelé / trot monté est légendaire. Au monté, il s'impose dans le Prix de Cornulier en 1983, l'équivalent du Prix d'Amérique sous la selle. Rares sont les trotteurs capables de gagner les deux épreuves majeures de leur discipline.
👑 Ourasi, le roi fainéant de Vincennes
Si un seul nom devait résumer le trot français du grand public, ce serait celui d'Ourasi. Né en 1980, élevé par Marcel Brochard et drivé par Jean-René Gougeon (le même que Bellino II), Ourasi a remporté quatre Prix d'Amérique : 1986, 1987, 1988 et 1990. Aucun autre trotteur n'a égalé ce record dans la course-monument du trot mondial.
Son surnom de "roi fainéant" lui vient de son tempérament. Ourasi ne cherche jamais à se mettre en tête, économise ses efforts dans le peloton et accélère au dernier moment, dans la dernière ligne droite. Cette manière de courir, contraire à ce qu'on attend d'un trotteur de classe, a fait son charme et sa réputation : il a battu ses adversaires avec ce qu'il semblait être de la nonchalance.
Le palmarès chiffré d'Ourasi : 58 courses disputées, 33 victoires, 14 places de deuxième, 4 troisièmes. Il a accumulé l'équivalent actuel de 4,2 millions d'euros en gains, ce qui en fait pendant des décennies le cheval le plus gagnant de l'histoire du trot français. Pour comprendre comment ces gains se construisent sur les grandes épreuves, le calendrier des 20 plus grandes courses françaises détaille les dotations actuelles.
💡 Le saviez-vous : Ourasi est devenu si populaire qu'un timbre lui a été dédié en 2005 par la Poste française, et qu'une statue à son effigie a été érigée à l'entrée de l'hippodrome de Vincennes. C'est le seul cheval français de l'histoire récente à avoir reçu cet honneur.
📊 Tableau comparatif des trois légendes
| Cheval | Naissance | Prix d'Amérique gagnés | Gains carrière (équiv. €) | Driver attitré |
|---|---|---|---|---|
| Bellino II | 1962 | 3 (1975, 1976, 1977) | ≈ 2,8 M € | Jean-René Gougeon |
| Idéal du Gazeau | 1974 | 2 (1980, 1981) | ≈ 3,5 M € | Eugène Lefèvre |
| Ourasi | 1980 | 4 (1986, 1987, 1988, 1990) | ≈ 4,2 M € | Jean-René Gougeon |
Ce tableau résume mais ne dit pas tout : la valeur relative des gains, l'inflation, l'évolution des dotations rendent les comparaisons délicates. Ce qu'on retient, c'est la régularité au plus haut niveau, sur des saisons longues, et la capacité à gagner sur plusieurs configurations de pistes.
🏟️ L'écho de ces légendes sur Vincennes
Tous trois ont fait de Vincennes leur arène. L'hippodrome de Vincennes, lieu du Prix d'Amérique et des principales épreuves du trot international, garde la trace de ces générations dans son organisation : les tribunes y portent des noms de champions, et le public se transmet les souvenirs de ces grands jours. Le portrait des grands hippodromes français revient en détail sur ce qui fait de Vincennes le temple du trot.
L'effet sur le trot français a été massif. Ces trois champions ont popularisé la discipline auprès d'un public qui dépassait le cercle des parieurs : familles, amateurs de sport, télespectateurs occasionnels. C'est dans leur sillage que le trot a conservé sa place de premier sport hippique en France, devant le galop, alors que dans la plupart des autres pays c'est l'inverse.
🐴 La descendance et l'héritage génétique
Au-delà de leurs victoires, ces trois étalons ont profondément marqué la génétique du trotteur français. Bellino II, à la retraite, a engendré plusieurs lauréats classiques. Idéal du Gazeau, étalon prolifique, est à l'origine d'une lignée toujours active aujourd'hui : son sang circule encore dans les écuries qui dominent Vincennes et l'Elitloppet. Ourasi, comme étalon, a eu une descendance plus discrète, ce qui montre que le succès en course et le succès au haras restent deux choses différentes.
Pour la nouvelle génération de turfistes qui découvre la discipline, ces noms restent des repères. On parle encore d'un "Ourasi en puissance" pour un trotteur qui sait économiser ses forces, d'un "Bellino II" pour un cheval polyvalent international. Ces références culturelles ont nourri tout un vocabulaire interne au monde du trot. Le record de vitesse en trot attelé est un autre indicateur qui prolonge cette quête de la performance.
📚 Sources et lectures complémentaires
Pour creuser le sujet et vérifier les statistiques mentionnées dans cet article, les références officielles restent le site de la fédération letrot.com qui maintient les archives des grandes épreuves et les palmarès complets. Pour l'histoire générale du trot français, l'ouvrage de référence reste celui de Jean-Pierre Reynaldo, ancien directeur de Vincennes.
Le musée du Cheval à Chantilly et l'espace muséal de Vincennes proposent des expositions temporaires sur ces champions, avec des documents d'archives, des photos et parfois des objets ayant appartenu aux écuries d'origine. Une visite vaut le détour pour les passionnés.
🙋 Foire aux questions
Qui détient le record du plus grand nombre de victoires au Prix d'Amérique ?
Ourasi détient le record avec quatre victoires (1986, 1987, 1988, 1990). Personne n'a égalé ce résultat depuis. Bellino II le suit avec trois victoires consécutives (1975-1977). Plus récemment, Bold Eagle a remporté l'épreuve à deux reprises (2016, 2017).
Pourquoi Ourasi est-il appelé le roi fainéant ?
Le surnom vient de son style de course : Ourasi évitait systématiquement les efforts en début de course, restait dans le peloton, et n'accélérait que dans la dernière ligne droite. Cette manière nonchalante de courir, qu'on aurait pu prendre pour de la paresse, masquait en réalité une intelligence tactique rare. Il économisait ses ressources pour les utiliser au moment décisif.
Existe-t-il un trotteur français plus récent comparable à ces trois légendes ?
Bold Eagle (né en 2010), double vainqueur du Prix d'Amérique en 2016 et 2017, est souvent cité comme l'héritier le plus crédible. Plus récemment, Face Time Bourbon a marqué les esprits avec ses victoires dans le Prix d'Amérique en 2020 et 2021. Aucun n'a encore égalé les quatre victoires d'Ourasi.